Hady Zaccak, la mémoire libanaise dans la peau...

Le cinéaste libanais Hady Zaccak est l’un des artistes les plus marquants de sa génération. Né à Beirut dans les années 70, il traverse l’une des périodes les plus sanglantes de l’histoire de ce pays lorsque la guerre civile éclate. Adolescent, il développe très rapidement un goût avéré pour la photographie, l’archive et surtout pour le cinéma. C’est d’ailleurs dans les ruines du drame qu’il fait ses premiers pas vers une longue carrière cinématographique. 

 

Invité de la 13ème édition du festival international du film de Dubai, il présente au monde son dernier né 104 rides. Kino Scoop a interviewé ce cinéaste. 

 

– Hady Zaccak, êtes-vous un passionné du documentaire ?

 

Je suis cinéaste et cinéphile avant tout, mais le documentaire est une synthèse de tout ce que j’aime. Le réel, l’histoire, la mémoire nationale, la liberté artistique et surtout ; un large champ d’expérimentation. 

 

– La mémoire libanaise est-elle une obsession pour vous ? 

 

Patricio Guzman disait « un pays sans documentaire c’est une famille sans photo ». Cette formule semble en effet être l’un des moteurs principaux qui me poussent à mettre en scène l’histoire du Liban. Au lendemain de la guerre, il y avait une sorte d’amnésie générale. C’était comme si on essayait d’éliminer toute trace de ce drame; or, nul n’a le droit de supprimer l’histoire du pays. C’est alors que j’ai voulu créer un certain album de famille. Avec les bons et les amers souvenirs. Mon rêve absolu c’est de composer une filmographie et non de faire des films sans lien entre eux. Ce que je tente de faire réellement c’est découvrir l’histoire « avec un grand H », qui est, elle, composée d’histoires avec « des petits h ».

 

– Qu’avez-vous voulu mettre en scène dans 104 rides ?

 

Il s’agit d’un portrait de ma grand-mère décédée en 2013, à l’âge de 104 ans. Elle faisait partie de la diaspora libanaise en Amérique latine avant de revenir s’installer au pays à 23 ans suite à un coup de foudre. Chose qu’elle aimait qualifier, non sans humour, de « grande erreur » ! Née en 1909, elle a traversé l’un des siècles les plus mouvementés et a été témoin de la naissance du Liban contemporain. Ce film observe ce qu'il reste de la mémoire quand on vieillit. C’est aussi une réflexion sur la vie, sur la mort et sur l’amour.

 

– Les jeunes libanais s'intéressent-ils aux métiers du cinéma ?

 

Ce que j’observe à l’université (Saint-Joseph où il enseigne la réalisation, l’écriture scénaristique et l’histoire du cinéma), c'est qu’il a y a de plus en plus d’étudiants qui s’intéressent à l’audiovisuel. Malgré des frais d’inscription onéreux, ces jeunes gens viennent pour apprendre l’histoire du cinéma, des médias et les techniques de réalisation, avant de s’orienter vers la production, la publicité, la télé-réalité et le cinéma.

Les chaînes de télévision, quant à elle, connaissent un véritable boom depuis deux décennies grâce aux deux satellites dominants la région ; Arabsat et Nilesat. NDLR

 

– Enfin, peut-on vivre du cinéma au Liban ? 

 

J'en doute !

Je ne pense pas que l’on puisse en vivre comme auteur. Il faut être polyvalent. L’État n’a pas vraiment de fonds de soutien au cinéma même s’il y a une aide du Ministère de la Culture. Celle-ci n’est pas du tout suffisante, en plus du fait que pour l’obtenir, les procédures sont complexes et trop longues. Quant à la plupart des chaînes ; elles n’achètent pas de documentaire. Quand le film intéresse quelques-unes d’entre elles, celles-ci refusent d’y investir et cherchent à le diffuser gratuitement. Chose que je refuse catégoriquement par principe. De façon générale, la télévision libanaise préfère souvent les émissions de Talk-Show à la création artistique !

 

© KinoScoop

 

Propos recueillis par Sherif El Ramly

Jan/2017

 

 

 

L'étonnant et talentueux cinéma Tunisien

 

Le cinéma tunisien dont un événement mensuel est organisé à Paris ne cesse de surprendre par ses auteurs-réalisateurs mais aussi par son public et l'engouement de la population tunisienne pour le 7e art. Longtemps censuré par le pouvoir de Ben Ali, le documentaire local connaît une véritable renaissance depuis la révolution de janvier 2011.

 

Si les fictions se distinguent particulièrement par un certain néo-réalisme et sensibilité aux sujets qui concernent l'amour et la misère sociale, le documentaire, lui, s'intéresse souvent à des sujets plus politique, sans pour autant livrer une analyse du pouvoir et un regard sur la société et la jeunesse..... 

 

à lire dans le prochain numéro de KinoScoop Magazine, la semaine prochaine ici-même